On veut du Queer!

Et l’homme créa le féminisme islamique?

In Actu'elles, Essais et littérature on août 18, 2011 at 1:07

Je me suis intéressée à la question du voile en me disant: je l’admets, je ne peux prétendre à la neutralité car intuitivement je perçois, à tort ou à raison, le hijab comme dégradant pour la femme, et a priori, je n’arrive pas à considérer le voile comme compatible avec le féminisme et sa mission. Mais cette intuition, d’où me vient-elle? De mon propre imaginaire, de ce que j’ai pu entendre dans les médias?  Le port du voile est-il vraiment incompatible avec les revendications féministes? Si le féminisme islamique peut sembler paradoxal, est-il pour autant condamner à rester un oxymore?

Je ne suis pas encore allée à la source, à savoir le coran, pour vérifier quel verset coranique mentionnait le port du voile. Je n’ai pas encore non plus, mais cela ne saurait tarder, réellement lu ce qu’avaient à dire les féministes pro-voile. Cet article ne s’avèrera complet qu’une fois enrichi de ces deux sources. En attendant, nous devrons nous contenter de ce que j’ai sous la main, à savoir:

  1. FOUREST Caroline, La tentation obscurantiste, éditions Grasset, biblio essais, 2005
  2. FOUREST Caroline, Frère Tariq, éditions Grasset, biblio essais, édition augmentée de 2010

Féminisme et féminisme islamique

Le féminisme anti-voile sous la plume de Caroline Fourest

Dans le chapitre suivant, Un féminisme « avec l’islam »?, CF constate qu’un certain nombre de féministes laïques s’interrogent en observant des associations et des personnalités féministes non seulement cautionner un féministe islamique, mais encore accuser les féministes laïques de colonialisme. 

CF déplore que ce soutien constitue une caution à l’entreprise sexiste et anti-féministe des islamistes, dont se sert Tariq Ramadan chaque fois qu’il est accusé de misogynie, alors que lui-même prône un féminisme islamique opposé au féminisme occidentale au sein duquel par exemple le travail de la femme est autorisé du moment qu’il ne se fait pas au détriment de la famille. Sur la question du genre et de l’androgynie, CF souligne que Tariq Ramadan n’y voit que les travers de la modernité occidentale.

Elle le déplore également parce qu’il nuit aux féministes du sud qui militent pour une égalité entre les hommes et les femmes sans tenir compte de la spécificité musulmane et qui pour cela sont accusées d’être « occidentalisés ».

Le féminisme islamique: imaginé par un homme?

CF détaille la position de Tariq Ramadan vis-à-vis du féminisme dans le chapitre intitulé « Féministe » mais anti-MLF et puritain de son ouvrage Frère Tariq. CF commence par rappeler sa propre position sur le voile: il fait à ses yeux partie intégrante des coutumes patriarcales « contre lesquelles devrait avoir à coeur de se battre un féminisme ». Elle rappelle que cette coutume date de l’époque mésopotamienne et a successivement été enregistrée par le judaïsme, le christianisme et l’islam, mais que seul ce monothéisme l’a fait perdurer jusque nos jours, en faisant renaître la coutume dans la seconde moitié du XXème siècle alors qu’elle avait pratiquement disparue. Elle rappelle aussi que dans le Coran, il est question d’une « recommandation exceptionnelle dans un contexte bien particulier » à savoir que c’est parce que les épouses du prophète étaient menacées par des médinois, qu’il a décidé de suivre le conseil coranique: « Prophète, dis à tes épouses, à tes filles, aux femmes des croyants de se couvrir  de leur voie: c’est le meilleur moyen pour elles d’être reconnues et de n’être pas offensées ». Enfin, elle précise qu’il n’est question de couvrir que les bras et la poitrine, et non l’ensemble du corps. Plus précisément, voilà comment Mahmoud Hussein, politologue français d’origine égyptienne, retrace l’origine du voile dans son ouvrage Penser le Coran dans lequel il est question de montrer ce que dit le Coran et non pas « ce qu’on lui a fait dire »: « Cela se passait à Médine. Les femmes devaient sortir de la ville à la tombée de la nuit, pour leurs besoins. Elles étaient alors souvent importunées par des voyous. Elles firent part de leur colère à leurs maris, qui en parlèrent à leur tour au Prophète. C’est à la suite de ces incidents que le verset coranique aurait été  révélé à ce dernier.  En revêtant un châle, les femmes musulmanes libres pouvaient se faire aisément reconnaître, et dès lors se faire respecter, même dans l’obscurité de la nuit (verset XXXII, 59) ». 

Tariq Ramadan prône le port du voile non comme une contrainte mais comme une obligation (aimerait qu’on m’explique où est la subtilité?), devant relever d’un « acte de foi ». Ce à quoi s’oppose Leïla Babès: « Jamais le voile n’a été un acte foi. Même dans les siècles passés. C’est une falsification de l’Islam ». Pour justifier la nécessité de couvrir les cheveux, il se réfère non pas au Coran, mais à l’ijma (une autre source du droit musulman après le Coran et la Sunna). TR estimant que la pudeur est ce qui définit en partie une bonne musulmane, et que le port du voile constitue le sommet de cette pudeur. CF analyse ainsi la méthode tout en souplesse de TR: « il n’est pas question de leur imposer, mais de faire en sorte qu’elles comprennent d’elles-mêmes combien elles seront plus libres en adoptant volontairement ce signe de soumission à l’Islam ».

CF observe le fossé des générations: les femmes immigrées de la première génération portaient un voile traditionnel. Leurs filles ont abandonné ces traditions tandis que la troisième génération se remet à porter le voile, souvent dans l’incompréhension familiale.

Selon CF, TR a parfaitement compris combien les propos d’une femme sur le port du voile sont plus crédibles que ceux d’un homme et il s’emploie à leur faire tenir un discours qui consisterait à demander le respect des croyances du coeur. Finalement, il suggèrerait à ces femmes de se revendiquer libres tout en étant voilées, autrement dit à tenir un discours de « féministe islamique ». Pour CF, ce n’est qu’un moyen pour TR de recruter des femmes soldats propres à participer au renouveau islamique aux cotés des hommes. Pour TR, le rôle militant de la femme musulmane est cadré par ses compétences naturelles à exercer dans trois domaines: la solidarité, notamment à travers la lutte contre la prostitution, l’éducation et la culture. Si venir en aide aux démunis fait évidemment parti du jeu, la mission  finale conseillée est aussi « l’éducation islamique » des jeunes filles. Dans la suite du chapitre, CF détaille les positions de TR vis-à-vis de la condition de la femme, ce qui s’éloigne un peu de notre sujet.

Le féminisme pro-voile par Christine Delphy

Christine Delphy, une figure historique du MLF, argumente qu’il ne doit pas exister un modèle unique de libération et d’émancipation de la femme, et que le féminisme n’est pas une propriété de l’occident. Il existe aussi un post-féminisme Queer qui salue l’hypermodernité de la subversion du voile, car il interpelle la norme. Subversion que CF ne considère pas comme un progrès. C’est justement ce féminisme pro voile que j’aimerai étudier plus longuement. Son ouvrage Classer, Dominer est commandé. Suite au prochain compte rendu de lecture.

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