On veut du Queer!

IVG et variables économiques d’ajustement

In Actu'elles on novembre 7, 2011 at 3:24

L’émission de Stéphanie Duncan « les femmes, » toute une histoire » du 25 septembre revenait sur une tribune publiée dans le monde par Marie -Pierre Martinet dénonçant la remise en cause des droits de femmes en Europe, et en particulier le droit à l’avortement. J’ai été très surprise de constater que le droit à l’avortement n’allait pas encore de soi, même en France. Un petit article récapitulatif pour déblayer tout ça?

Qui sont les arriérés de l’Europe?

Dans son article publié dans Le Monde, Marie-Pierre Martinet affirme que « depuis quelques mois en Europe, de nombreux pays prennent des initiatives portant atteinte aux droits sexuels et plus particulièrement au droit à l’avortement ».

Mauvais élève, la Suisse a par exemple jugé recevable le 30 août 2011 une initiative sur le rembousrement de l’avortement. Le texte, porté par les milieux anti-avortement, « exige que l’interruption de grossesse et la réduction embryonnaire soient radiées des prestations de l’assurance maladie de base à de rares exceptions près ».

De son coté,  la Hongrie a lancé en mai 2011 une vaste campagne de communication contre l’avortement avec le soutien financier de fonds européens du programme de solidarité sociale « Progress ». En avril, le pays a adopté une nouvelle constitution qui, dans son article 2, s’engage à « protège(r) la vie du foetus depuis sa conception ». En Pologne, l’IVG est interdit depuis 1997 et les polonaises de déplacent pour avorter, ce qui à l’origine de ce que l’on peut appeler un « tourisme avortif ».

En Espagne, rien de bien reluisant non plus : le pays a autorisé l’IVG en juillet 2010 mais l’opposition actuelle a déclaré qu’elle comptait revenir sur cette loi, ne permettant cette IVG seulement si la santé de la femme était en danger. Idem en Irlande.

Comparée à la situation des autres pays, celle de la France n’est pas trop dégueulasse. Mais sur le terrain , il reste encore de sacrés progrès à faire. Les médecins ne sont pas formés et entre 2000 et 2009, c’est 120 centres IVG qui ont fermé leurs portes.

Un droit fondamental, quedal?

Pourquoi le droit à la contraception et à l’avortement est-il si important? C’est un leitmotiv féministe: le droit de disposer de son corps. Il peut paraître évident, mais je me suis toujours demandée d’où il venait exactement. Françoise Héritier, anthropologue, l’explique très bien dans l’émission de France Inter du 23 octobre. De quelle emprise veut se libérer la femme exactement? Pourquoi ne dispose-t-elle pas de son ventre, de son droit à enfanter ou non?

Explication sommaire: en vérité, Depuis les temps néandertaliens, l’homme a été confronté à la nécessité d’expliquer une énormité, de donner sens à une observation naturelle: la femme est dotée d’une puissance intime autonome de reproduction. Elle fait des enfants toute seule, et des enfants des deux sexes. Seconde observation: point de grossesse qui n’ait été précédée d’un coït. Ouais, et alors? Conclusion évidente mon cher Watson: c’est le sexe masculin qui est au principe de la vie. Et c’est là que commencent les emmerdes. Cette déduction diaboliquement logique est en fait à l’origine d’un système de représentation, d’un système de sens, qui veut  que la fécondation vienne de l’homme. Ce système de représentation, qui a ensuite été partagé par les hommes aussi bien que par les femmes, a eu des conséquences cognitives et sociales précises. Entre autres, puisque les hommes ne peuvent pas faire leur fils eux-même, ils doivent s’approprier le corps des femmes, et donc contrôler la femme pour être certain de sa paternité.

Qui dit système de représentation dit absence de justification fondamentale, essentielle. Les femmes savent aujourd’hui que les hommes n’ont aucun droit de regard sur ce qui a trait à leur matrice et réclament le droit de pouvoir en disposer comme bon leur semble. Le droit à la contraception et à l’avortement devient du même un droit démocratique à l’égalité homme/femme. Voilà pour la justification ontologique. Maintenant, pour ceux qui n’en ont rien à taper du droit des femmes et qui sont surtout inquiets de voir l’Europe vaciller sous le poids d’une économie malade, parlons chiffres, croissance, intérêt économique.

Une meilleure condition féminine et la maîtrise de la fécondité, c’est good pour l’économie

Non, les droits des femmes ne sont pas des boulets pour l’économie, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire. Comme le fait remarquer Marie-Pierre Martinet dans sa tribune, les instances internationales ont reconnu que « le développement des populations y compris économique passe par des politiques d’égalité femmes/hommes, l’accès à l’éducation des filles, la planification familiale et par un accès facilité et sûr à la contraception et à l’avortement ». En 2010, le centre de développement de l’OCDE publiait un rapport, Gender Inequality and the missing dimensions: il était question de montrer comment les femmes étaient partie prenante du développement et quel chemin il restait à accomplir pour favoriser le rapport vertueux de cause à effet.

Revenons brièvement sur ce rapport, qui concerne davantage les PMA mais qu’il n’est pas inutile de mentionner. Il explique notamment que quand la femme contrôle les ressources et les biens du foyer, elle voit son pouvoir de décision augmenter et peux disposer de ses ressources pour accroître le bien-être des membres de sa famille, notamment en réduisant la pauvreté et la faim.En outre, une femme a qui on laisse un plus grand pouvoir de décision peut résister à la pression sociale et familiale qui veut qu’elle se marie tôt et augmente ses chances de pouvoir assurer l’éducation de ses enfants.

Enfin, point plus directement lié à notre propos, donner le pouvoir aux femmes de disposer de leur corps et d’engager des actions libres pour assurer leur santé constitue une avancée majeure permettant la réduction des morts liées à la grossesse.

Alors pourquoi y a-t-il encore des relous pour remettre en cause pareil droit?

Ouais, qu’est-ce qui bloque bordel?

Frein légal et institutionnel d’abord: L’Europe ne peut pas imposer des actions sur le sujet mais peut faire des recommandations via l’assemblée parlementaire du conseil de l’Europe. Non seulement il n’y a ni contraintes ni obligations, mais en plus l’Europe ferme les yeux et n’en fait pas une condition unilatérale quand il s’agit de faire entrer un pays dans l’Union européenne. C’est le cas de Malte qui a pu intégrer l’Union alors que l’IVG est interdite, même en cas de viol.

Marie-Pierre Martinet replace aussi ses incitations régressives dans le contexte de la crise économique. En usant d’un discours purement démagogique, les politiques soutiennent en la justifiant économiquement – via les plans de rigueur – une volonté conservatrice de se recentrer autour  de prétendues valeurs morales (comme si les droits fondamentaux constituaient une atteinte à l’ordre moral). Ils légitiment ainsi aux yeux de l’opinion le fait de revenir sur tout ce qui touche sur la santé sociale et reproductive. Cette précarisation justifiée fait des femmes des variables économiques d’ajustement.

Enfin, quand on l’interroge sur les raisons plus profondes qui peuvent prévaloir à de telles atteintes, Marie-Pierre Martinet avance qu’il est encore très difficile de faire admettre que la femme puisse maîtriser sa fécondité et disposer de son corps.

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