On veut du Queer!

Quand Vénus et Mars trépassent

In Actu'elles on février 19, 2012 at 1:03

« Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus ». Cet adage dont les féministes se méfient comme de la peste provoquait toujours chez moi un certain malaise car même si profondément essentialiste et détestable, je le voyais partout à l’œuvre autour de moi. Cette conférence à l’école de AGROPARISTECH arrivait à point nommé. 

La génération de nos parents est encore inscrite dans le schéma classique hétérosexuel comme le décrit Monique Wittig,  c’est à dire l’appropriation de la femme à des fins de reproduction menant à tous ses dérivés : à la femme les tâches domestiques (en plus du travail salarié), à l’homme la carrière professionnelle. En parallèle, je me suis aperçue, en interrogeant mes amis et amies au cours de différentes conversations de l’ordre intime et familial, que très souvent, des traits de caractère d’un certain type s’appliquaient à la mère,  tandis que d’autres, d’un type différent, régissaient le comportement du père.

Je constatais lors de ces discussions, que ces valeurs dites proprement féminines ou proprement masculines, étaient à l’œuvre dans le périmètre familial. En toute honnêteté, j’avais du mal à résoudre le conflit entre le discours féministe qui taxait  ces valeurs de socialement construites, et l’évidence effective de ces valeurs jusque dans ma propre famille. Si tout était socialement construit, comment cela faisait-il que tous ces invariants m’apparaissaient si systématiques et si profondément ancrés, jusque dans notre propre génération ? Et pourquoi surgissaient-ils si tôt chez les enfants ? Car qui ne s’est pas amusé de voir une toute petite fille jouer la coquette devant des inconnus, ou un très petit garçon faire une démonstration de force?

J’en étais arrivée à me convaincre que les conséquences de la biologie ne pouvaient être niées. La question devenait alors : dans quelle mesure étions nous nature, et dans quelle mesure étions nous culture ? Quel rôle jouait l’évolution et quel était celui de la socialisation ?

La conférence organisée par l’école de AgroParisTech, intitulée « les Perceptions du masculin et du féminin dans le monde du travail » avait surtout pour vocation d’éclairer les mécanismes inégalitaires à l’œuvre dans le monde du travail, et les moyens pour y remédier, ceci grâce à l’intervention d’une sociologue, d’un consultant en égalité homme/femme et d’une responsable stratégie et relation institutionnelle dans une entreprise publique. Mais c’est la première partie que j’ai préférée, car elle m’a permis d’apporter des éléments de réponse à cette question qui me turlupinait depuis quelques temps déjà. L’intervenante, Mme Giraud, Directrice de recherche au CNRS, et professeure à l’école polytechnique, revenait sur les conséquences de la biologie évolutive sur le comportement animal. L’homme étant un animal, social certes, mais un animal quand même, ses conclusions valaient aussi pour lui.

Si l’intervention, d’ordre scientifique, a pu me paraître un peu aride au début – on y employait des termes tels que anisogamie, gynodioécie ou encore mitochondrie – elle m’a finalement passionnée car il était enfin question de prendre le temps d’expliquer le rôle de mère nature. Jusqu’ici, lorsque je suivais un débat à la télévision, ou à la radio, la question biologique était très souvent éludée et l’on prenait grand soin de la remettre en perspective à l’aide d’une analyse sociologique. La méfiance qu’elle inspire est telle qu’elle est souvent bâclée, de peur que si l’on s’étende un peu trop, on soit taxé de déterminisme naturel. Pour une fois, j’ai pu bénéficier d’une explication sur les origines des différences sexuels en posant des questions aussi simples et pourtant surprenantes telles que : « pourquoi 2 sexes ? Pourquoi des mâles, pourquoi des femelles ? ».

Pour le détail de l’explication, je vous laisse télécharger le document PDF (Représentations du féminin et du masculin dans le monde du travail) reprenant le détail des quatre interventions, et je livrerai seulement la mini  conclusion que j’ai pu en tirer, avec toutes les réserves que l’on peut encore garder bien évidemment vis-à-vis de la nécessité de résumer simplement une situation extrêmement complexe.

L’évolution du monde vivant a effectivement et incontestablement des conséquences sur les comportements des deux sexes. S’il est si courant de voir les hommes accéder plus facilement aux postes à responsabilité et avoir une plus grande confiance en eux, c’est en partie parce qu’il sont naturellement dotés d’une appétence à la domination issue d’une évolution biologique anisogame (quand il y a deux types sexuels, en l’occurrence ici un type mâle et un type femelle) les prédisposant à l’agressivité et à la prise de risque. MAIS, les sociétés prennent le relais de cette tendance naturelle et ce qui était valable dans un cadre strictement reproductif (le mâle n’est finalement dominant et agressif que pour posséder la femelle qui lui paraît la plus fertile), s’applique désormais à l’ensemble du corps social, au delà de l’enjeu de reproduction. C’est là qu’intervient le travail des sociologues, dont le but n’est pas de nier la constituante biologique de l’être humain, mais d’annuler en les révélant les mécanismes qui sont de l’ordre de l’instinct dans une société constituée.

C’est ensuite au monde de l’entreprise d’abolir ces mécanismes via un politique d’égalité professionnelle concrète et audacieuse, en responsabilisant les managers et en travaillant sur l’Organisation du Travail.

En dehors de la satisfaction personnelle que j’ai tirée de cette conférence, j’étais heureuse de voir des étudiants se bouger au sein d’une grande école, chose que je n’ai pas faite au sein de la mienne, et que je regrette particulièrement. J’en profite donc pour en dire un petit mot. Il s’agit d’une initiative étudiante ayant vu le jour en septembre 2011, soutenue par l’administration d’AgroParisTech, pour répondre à trois objectifs: Initier une réflexion sur les questions de genre (égalité homme-femme, homosexualité, transsexualité) au sein des étudiants par des opérations de communication ; Proposer du soutien psychologique et humain aux étudiantes et étudiants en questionnement par rapport à leur orientation sexuelle ; et enfin inscrire AgroParisTech dans la lutte contre l’homophobie. Il s’agit d’une asso LGBT qui a eu l’intelligence d’inscrire ses actions au delà de la question de l’orientation sexuelle, cette conférence en était la preuve, et moi je dis, chouette !

 

  1. […] Typhaine Publié le 19 février 2012 sur Les filles en joie Mots-clefs :biologie, conflit, construction, culture, entreprise, évolution, féminin, […]

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