On veut du Queer!

Ventrilocons

In Nightlife & Special Events on juin 9, 2012 at 9:12

Les transpédégouines, les queers, les bis et les inter-sexes ont commencé à battre le pavé dans les métropoles frenchy. Dans les média, c’est tripette. Priorité à Roland Garros. Qu’est-ce qui se passera le 30 juin à Panam? 

Les cons-cathos haineux se rassembleront près de Notre-Dame et crieront Habemus Papam. Les cons-cathos compréhensifs distingueront l’acte pédé et les pécheurs pédés (les gouines, elles jouent juste à touche pipi, ça compte pas). Les cons-beaufs penseront (mais ne le diront pas, ou le diront très bas, et entre cons, ou iront concasser du pédé ensemble): des vieux mecs en string se trémoussant sur des chars, des tapettes exhibitionnistes, une farce, un carnaval de mauvais goût, des tarlouz avec des plumes dans le cul,  et le tout un samedi en plus, franchement, vous pourriez nous l’épargner. Gardez ça pour chez vous, ou pour les back-rooms, mais pas dans les rues de Paris. les cons-intellos objectifs feront dans la théorie républicaine universaliste et déguiserons leur homophobie en reprochant à la pride de faire comme les ricains: mise en scène publique de ce qui appartient à la sphère privée, communautarisme, régression identitaire, ghettoisation.

Bref, les cons dominants seront agacés et donneront tous les noms de la terre aux Autres cons, aux cons différents, aux cons dominés. Les cons universels reprocheront aux cons particuliers d’ouvrir leur gueule, de vouloir faire les intéressants, de revendiquer leur différence alors que c’est bon, on s’en fout que tu sois homosexuel. Est-ce qu’on est fiers d’être hétéros nous? Les cons universels feront de l’esprit en ironisant  sur ce paradoxe qui veut que les transpédégouines réclament la fin des discriminations tout en continuant de s’assigner des cases bien étriquées.

Pourquoi que les cons normaux adoptent des réflexes d’auto-défense au moment de la Gay Pride? Qu’ont-ils à cacher? Et pourquoi qu’on peut dire qu’ils ne manquent pas de culot les salopiots?

Oui parce qu’après réflexion, on s’aperçoit que c’est la maison de fous qui se fout des détraqués. Les « pervers » et les « monstres » se sont fait classer, hiérarchiser, catégoriser pendant des années par les groupes d’individus « normaux ». Ils ont été étudiés, expérimentés, puis ont été nommés, ont été parlés par des autorités scientifiques ventriloques du XIXème siècle, pour finalement être marqués comme inférieurs par un discours de savoir-pouvoir  (cf. DELPHY Christine, Classer, dominer – Qui sont les « autres »?, La Fabrique éditions, 2008, pp.26-27): « Or les différences qu’on leur reproche sont entièrement construites par les groupes maîtres, de plusieurs façons. Elles sont construites idéologiquement par le fait de constituer l’une de leurs caractéristiques physiques ou de comportement non pas comme l’un des innombrables traits qui font que les indvidus sont des indvidus distincts les uns des autres, mais comme un marqueur définissant la frontière entre le supérieur et l’inférieur ».

Une parole aliénée pendant des siècles, un corps stigmatisé et altérisé pendant des années. Et aujourd’hui, c’est nous, les freaks, qu’on est insolents, en s’octroyant le droit de s’auto-nommer? Intéressant. Laissez-nous nous marrer un peu bordel. Le florilège des sobriquets désignants les déviants sexuels est tout simplement délicieux de dissonances: gouinasse, pédé, tafiole, tarlouz, enculés, tapettes, freaks. Pourquoi qu’on aurait pas le droit de les utiliser aussi? Ca les embête bien les cons normaux: les monstres leur ôtent les mots de la bouche, reprennent l’injure à leur compte, éprouvent non plus de la honte mais un plaisir quasi esthétique à la recoder, à la resignifier de manière à en être fiers. Ce faisant, les cons normaux sont dépossédés de leur supériorité. Et je pense que ça les emmerde quand même un peu. Parce qu’ils deviennent alors des co-normaux.

Même chose pour le carnaval des plumes dans le cul. Aiment pas trop ça les cons généraux. Surtout les cons généraux beaufs: « non seulement il faut les entendre ces dégénérés, parce qu’ils se mettent à parler, mais en plus il faut les voir! La tolérance bienveillante envers vos petits dysfonctionnements, allez, à la limite. Que vous cherchiez à améliorer votre situation, passe encore. Mais en silence et en toute discrétion s’il vous plaît »! Ils devraient pourtant profiter du spectacle au lieu de râler. Parce que la Gay Pride, c’est une autre manière de se fendre la gueule. C’est une forme d’expression qui emprunte à la performance théâtrale. Pour une meilleure visibilité, on admettra qu’il y a des moyens plus déplaisants que de brandir des drapeaux colorés et décorer des chars. Pis moi je préfère les plumes aux balais, dans le cul.

Finalement, la pride n’est que l’une des expressions de résistance la plus visible et la plus extrême qu’ait pu mettre en place les identités subalternes en France. De plus en plus importante (intrusive!), la pride remet suffisamment (trop!) l’ordre sexuel et social en question pour être considérée comme dangereuse. Elle déchaîne les passions des normaux conformes qui trouvent leur compte à la situation actuelle.

Mais au-delà de ce coming out national, la mal nommée Gay Pride appartient à un mode de résistance qui portent des enjeux dépassant largement la simple défense des nouvelles identités sexuelles. Et  pour approfondir, je reprends un texte de Marie Hélène Bourcier, dont je tiens à préciser qu’il ne s’applique pas ici au contexte de la pride (BOURCIER, Marie Hélène, Sexpolitiques Queer Zone 2, les éditions La Fabrique, p.231): « Ce qui ressort de ces politiques des différences, ce ne sont pas de nouvelles identités sexuelles et de genre unitaires, mais des politiques culturelles, de nouvelles manières de concevoir les politiques, leurs sujets et leurs objectifs. Loin de réifier les binarismes identitaires issus de la scientia sexualis, ces nouvelles luttes politico-sexuelles, plus particulièrement celles qui se dénomment queer, proposent d’agir transversalement contre toute identité en passe de devenir hégémonique et excluante, normative et maginalisante (…) ».

Pendant la pride, les cons normaux deviennent des cons particuliers, des cons ayant une identité parmi tant d’autres. Désespérérement spécifiques, absolument comme les autres, ils ne peuvent plus s’ériger en norme universelle, générale et surplombante. C’est ça qui les chagrine, parce que c’est d’une banalité sans nom.

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