On veut du Queer!

Touche pas à ma suédoise!

In Expérience on septembre 15, 2012 at 12:49

A force de ne sortir qu’entre transpédégouines, et de se comporter comme des chaudasses en toute impunité, ce qui est bien le droit de tout être humain, on en oublie que cela peut être une source d’emmerdes pas possible dans les cercles moins accommodants de la confrérie hétérosexuelle.

Attention, ceci n’est pas un pamphlet haineux à l’égard des straight people! juste le constat qu’il faut encore faire très attention à vos petites fesses, même quand vous sortez dans une prétendue soirée lesbienne. Et encore une preuve que le féminisme n’est pas la lubie d’une minorité de misandres aigries.

Remettons en place le contexte, le décor et ces différents personnages. Rencontre de deux adorables suédoises au Troisième lieu, de passage à Paris pour quelques jours de tourisme. Niki et Anna. Comme je suis animée d’un profond sentiment d’altruisme, je décide de me vouer corps et âme à cette seule et unique mission: les guider dans leur pérégrinations festives et contribuer, dans la mesure de mes faibles moyens, à leur faire passer un putain de séjour. Même si je dois pour cela faire partie des curiosités locales à tester. Du coup, j’aménage mon emploi du temps de meuf surbookée les jours d’après et leur propose, pour commencer, de sortir à la Bellevilloise vendredi soir. Au programme, cette soirée au titre prometteur « Je suis bonne, je suis une femme« , clairement répertoriée par têtue dans sa rubrique clubbing goudou. En plus, avec Mr. Oizo aux platines, j’avais la garantie d’avoir du bon son.

Minuit, je débarque en avance, et entre toute seule dans les locaux bondés. Il se trouve que loin d’être l’antre à bonasses que l’on m’avait promis, la Bellevilloise est un repère de mécheux à quéquettes. Je comprends le subterfuge en tombant sur un panneaux à l’entrée: jusque 22h, girls only, après tout le monde qu’il est le bienvenu. Franchement,si je devais estimer en pourcentage la présence de ces messieurs, elle serait à hauteur de 70%. Il y a bien deux trois petites gougnottes par çi par là, mais je fulmine déjà en commandant ma bière, en pensant que cela ne va pas forcément plaire à mes suédoises. Je me reprends immédiatement, ne voulant pas me laisser aller à ce sentiment haineux et communautaire qui voudrait que l’on ne s’amuse vraiment qu’entre soi. Après tout, ce n’est pas grave, moi j’aime bien les gens, et ça ne va pas nous empêcher de passer une bonne soirée. Elle est naïve…

Niki et Anna arrivent vers 1h00. Emportée par la poésie du moment, je commets l’erreur de m’abandonner à des démonstrations qui outrepassent la franche amitié avec Anna. Bonheur suédois de courte durée. Je sens que l’on me tapote l’épaule, avec insistance. Je me retourne et je me retrouve face à face avec un grand blond, très beau gosse par ailleurs, qui me regarde avec des yeux qui respirent l’alcoolisme au plus haut degré. Son air abruti me rassure presque. Je me dis que son culot mal placé (venir me déranger alors que j’emballe la plus jolie suédoise qui soit sur terre, franchement! ça vaut presque un pain dans la gueule) est à mettre sur le compte des vertus désinhibantes de l’alcool et qu’une fois qu’il aura bien été bâché comme il faut, il partira sans demander son reste. Je me détourne et suppute qu’il comprendra que je souhaite qu’il dégage vite fait. Erreur. Loin d’obéir à mon silencieux commandement, il essaye de nouveau de s’immiscer entre nous, sans doute un subtil moyen de nous faire comprendre qu’il aimerait participer. Je sens la colère me prendre aux tripes et, très malpolie, lui demande de se barrer.

Comme il semble ne pas comprendre ce que je dis, je n’attends pas plus longtemps, prends ma suédoise par la main et sors de la salle. Seulement, Niki ne nous ayant pas suivi, nous nous mettons à sa recherche sans réussir à la localiser. Jusqu’à ce que nous tombions sur elle, visiblement très mal en point. Quand elle voit Anna, elle éclate en sanglots et nous raconte qu’elle s’est fait emmerder par plusieurs connards dans la salle de concert. Elle rend compte de cette agression en détail sur son blog, je vous laisse y jeter un coup d’oeil (usage de google translate vivement conseillé) pour voir à quel point les mecs peuvent être sans pitié. Non content de lui sortir l’argument du mec convertisseur de lesbiennes, « Mon ex était lesbienne avant moi, je vais te faire comprendre ce que c’est que de baiser correctement », ses attaques sont allées jusqu’aux tentatives de léchage de visage (si si…). Bref, un truc de fou. Bouleversée de la voir dans cet état, je vais récupérer son sac au vestiaire et on se casse vite fait de ce repère de connards. Direction le Troisième lieu. Et oui, on a essayé, on a échoué…

Mais ce n’est pas fini. En sortant, nous nous asseyons quelques minutes, histoire de respirer l’air frais de la nuit, et de se remettre doucement. 5 minutes. 5 minutes de tranquilité. Avant qu’un mec ne passe devant nous en crachant un « Pussycats! » venimeux qui nous était clairement destiné. Je refuse de laisser passer et l’interpelle: « Pourquoi mec? ». Réponse intellectuelle de sa part: « Parce que ». Il se retourne à peine et continue son chemin. Je ne pousse pas le vice jusqu’à le poursuivre en courant. J’ai bien fait parce que quelques minutes plus tard, en descendant Ménilmontant, nous passons devant lui. Lui PLUS une dizaine de ses petits camarades. Là, inutile de jouer les héroïnes. Pour la première fois, je me sens réellement menacée, pour la première fois j’ai peur. Je demande à mes suédoises d’accélérer le pas. Je les entends derrière nous, graveleux à souhait, et je me dis qu’ils peuvent bien parler tant qu’ils veulent. Mais je préfère éviter qu’ils passent à l’acte, quel qu’il soit.

Le reste de la soirée s’est déroulée sans heurts majeurs, exceptée cette dernière remarque d’un reubeuh sur le banc de l’arrêt de bus. « Ah des lesbiennes! ». Je le regarde sans ciller. Il reprend: »Nan mais moi j’ai rien contre les lesbiennes! je suis musulman et j’ai appris à être tolérant, tout le monde peut bien être ce qu’il veut, pédés ou lesbiennes. C’est ton choix, je le respecte ». Ah? Je me décrispe légèrement, avant qu’il n’enchaîne: « C’est pas ta faute si tes parents t’ont pas appris la moral ». Dans le fond, je devrais être vénère. Il vient quand même de me dire en substance que mon orientation sexuelle est le fruit d’une éducation négligée qui ne m’a pas appris à distinguer le bien et le mal, et que j’ai, paradoxalement, dans ma méconnaissance, délibérément choisi d’être dans le mal. Mais je me dis qu’en dehors du fait que son raisonnement n’a aucune espèce de tenue, au moins il ne s’amusera pas à me tabasser ou à essayer de me faire changer d’avis.

On peut pas trop en demander non plus.

  1. Enfin, c’est bizarre de cliquer « j’aime », parce que non je n’aime pas qu’il y ait ce genre de choses à lire, mais puisqu’elles existent, j’aime qu’elles soient écrites. Je ne sais pas si c’est très clair…

  2. Monde de m**** !
    Respect et soutien d’une hétéro qui défend le droit d’exister avec ses choix personnels. Moi c’est sur d’autres thèmes que je suis cataloguée de paria (bouh ! elle veux pas d’enfants la bougresse égoïste et névrosée !). Je compatis. J’ai la chance de n’être « agressée » que par des cercles proches et non par des inconnus dans la rue.
    Dommage de ne pas pouvoir faire ce que l’on veut sous peine de « mériter » d’avoir été la victime d’insultes graveleuses. Car oui, monceaux de nazes te diront que tu n’avais pas à être là.
    Je crois que c’est ça le pire, lorsqu’on nous dit qu’on a mérité notre malheur parce que nous étions tout simplement nous-mêmes dans un endroit où nous n’avons pas le droit d’exister…
    Vraiment, monde de m**** !

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