On veut du Queer!

I don’t give a shit about your opinion

In Actu'elles on octobre 1, 2012 at 12:05

Un référendum sur le mariage pour tous, la Boutin veut un référendum. Petit florilège des arguments qu’on nous sert sans aucune espèce de honte intellectuelle, et auxquels il faut quand même prendre le temps de répondre. 

Première précision, avant que l’on m’accuse de taper avec trop de subjectivité : oui, je reprends les arguments des cathos, mais ce n’est pas du tout par haine appuyée à leur égard, et je suis bien consciente qu’ils ne sont pas les seuls à manifester leurs désapprobation face au mariage entre couples de même sexe. Seulement, c’est eux que l’on entend le plus, fourrant leur nez dans des affaires pour lesquelles par ailleurs on ne demande absolument pas leur avis. Le mariage civil n’a que faire des commentaires des culs-bénits et autres tartufes contemporains.

Alors attention, première tarte à la crème de cette argumentation à la mords-moi-l’nœud, cette belle institution qu’est le mariage n’est pas fondée sur autre chose que sur l’altérité, principe fondamental de la procréation et de l’éducation. Le mot est lâché, ALTERITE putain. C’est comme ça et pas autrement, un homme, une femme, gouloum gouloum, un bébé. Voilà la raison d’être du mariage.

Alors parfois, on tombe sur des perles. Petit argument inédit, que je voulais partager avec vous: le mariage des homosexuel(le)s serait une atteinte à la laïcité. Et oui!  Car il « cannibalise le nom de mariage qui appartient au langage commun et qui désigne avec évidence et simplicité l’union fidèle (Vous aurez saisi l’allusion en creux : union fidèle versus l’union débauchée- dépravée-dévoyée des pédés qui fourrent à la première occasion) entre un homme et une femme ». Je suis allée piocher ça sur Chrétienté.info.fr. Alors c’est l’hôpital qui se fout de la charité là. Fallait oser le coup de la laïcité, dont le non respect n’indigne pas tant en Alsace-Moselle.

Et le brillant rédacteur de ce torchon bourré d’approximations d’ajouter : « En ce sens, le projet ne respecte pas les valeurs religieuses que certains de nos citoyens attachent à l’union (… ).  Euh…buzz ! Permettez moi d’observer d’abord que cette phrase n’a pas de sens…Le mec, il arrive à se contredire plus vite que son ombre, le temps d’un paragraphe. Il te parle de laïcité, et pour « étayer » son argument, déplore le non respect de la signification religieuse du mariage…J’comprends quedal à ce qu’il dit…à la déficience mentale, j’aurai préféré la mauvaise foi du sophisme. Histoire d’avoir au moins l’impression de  contredire un adversaire rhétorique crédible.

Cette incongruité logique mise à part, commençons par dire que les mariages  d’octogénaires ou des couples infertiles ne dérangent personne, ça suffit à ruiner le raisonnement des bondieusards. Ce dont ne s’est guère privé Sophia Aram d’ailleurs avec une jouissive impertinence, en prenant à contrepieds les stupidités débitées par la journaliste Natacha Polony sur le plateau de Laurent Ruquier.

Oui alors, autre tarte à la crème, celle du droit des enfants. Un bigot vétilleux, ou autres païens, athées ou agnostiques férus de psychologie de comptoir, diront aussi qu’il faut un papa et une maman, parce qu’un enfant a besoin d’un référent masculin et d’un référent féminin pour se construire dans un environnement équilibré. Au secours, ça commence sérieusement à devenir ennuyeux… Ce n’est pas moi qui le dit, mais un spécialiste, vous confondez « la famille, qui est une donnée sociale, avec l’engendrement, qui est une donnée biologique », dixit Serge Hefez, pédopsychiatre à la Pitié- Salpêtrière  interrogé par le Monde. Selon lui, du moment qu’un enfant sait d’où il vient, et a bien identifié qui est responsable de lui, normalement, devrait pas y avoir de lézards.

Ensuite, en dehors du fait que les familles monoparentales ne font pas tant sourciller, le référent de genre n’est pas forcément le géniteur ou la génitrice. Si les parents constituaient les seuls référents, putain qu’est-ce qu’on se ferait chier. La construction de l’identité passe par des modèles qui peuvent appartenir à un cercle plus large (famille, amis) ou même à une culture au delà de l’univers familial (personnalités, personnages de fiction). C’est bien plus funky d’essayer de ressembler à tonton Patrick qui revient d’une mission visant à lutter contre la déforestation massive en Amazonie (alors que papa est simple technicien chez EDF), ou même à Sigourney Weaver quand elle essaye d’échapper aux dents gluante d’Alien (exemples de merde. Je suis gagnée par l’apathie cérébrale qui pollue ce débat).

Autre argument, d’ordre juridique celui-là : le Pacs existe déjà et donne le droit de vivre ensemble. Quand on vous donne ça (visualisez la main), vous voulez ça (visualisez le bras). Ahah, encore raté, le mariage et le PACS sont loin de se valoir, et le PACS n’engage quasiment à rien les pacsés. A argument chiant, souvent soulevé à la légère, j’oppose une réponse ultra chiante, pour montrer à quel point le PACS a été vidé de sa substance d’un point de vu patrimoniale.

Effectivement, les droit et les devoirs des pacsés et des époux sont les mêmes: assistance, secours, aide matérielle et vie commune. La notion de fidélité est seulement liée au mariage (on s’en fout, les pédés baisent à droite à gauche, c’est bien connu). Les dépenses et les charges du ménage doivent être les mêmes, et les partenaires doivent être solidaires des dettes liées aux dépenses courantes. Voilà pour les points communs, avec l’autorité parentale et la fiscalité (imposition et déclaration commune).

Pour le reste, deux petites colonnes sont bien nécessaires  à la distinction des deux statuts. Concernant la gestion des biens, tous les biens détenus avant la signature du Pacs sont personnels. Question succession, pas grand intérêt non plus puisque le partenaire survivant ne bénéficie de fait d’aucun droit en cas de décès, sauf si des dispositions ont été prises par voie de testament ou de donation. Les pacsés ne peuvent en aucune façon disposer ensemble d’un logement familial, c’est-à-dire que c’est le partenaire propriétaire ou bailleur qui reste respectivement seul décisionnaire dans le cas d’une vente ou d’une hypothèque, ou titulaire de son bail.

Evidemment pas de filiation automatique dans le cas où l’un des deux partenaires a des enfants, et bien entendu, une démarche d’adoption conjointe, c’est niet. La séparation peut être décidée de manière unilatérale contrairement au mariage qui permet aux avocats de se faire un max de thunes au moment de son corollaire, le divorce.

Enfin, après ces raisonnements somme toute assez faiblards, y’a aussi les plus extrêmes qui font des association d’idées carrément dégueulasses (inceste, pédophilie, zoophilie et consorts), et qui voudraient ensuite qu’on reste calmes, modérés et raisonnables, en demandant mais pas trop (la procréation médicalement assistée, n’y pensez pas), et surtout en restant aimables et polis (rien ne sert de nous agresser, ce n’est pas comme ça que vous allez obtenir ce que vous voulez). Alors déjà euh…c’est facile mais je ne résiste pas à cette petite perfidie : messieurs, question pédophilie, balayez à votre porte…

Et ensuite, non, y’en a marre de devoir ménager constamment, d’essayer de ne pas heurter les sensibilités, de ne pas braquer les plus bornés, quand à coté de ça on se fait copieusement emmerder tous les jours par des connards qui se carrent notre sensibilités où je pense. Et surtout, personnellement je prends assez mal le fait d’organiser un référendum pour ce qui ne mérite pas débat. Il s’agit d’un droit constitutionnel qui va de soi. Et on se fout bien de l’avis de l’opinion, et encore bien plus de celui de Boutin.

A ce titre, je soutiens totalement le coup de gueule des Dur-e-s à Queer, dont la campagne choc soulève l’indignation de certains y compris chez les transpédégouines. Interrogé par Yagg, Xavier résume très bien la situation, et montre à quel point les revendications LGBT sont légitimes: « C’est bien à ça que nous répondons «la ferme!», à ça que nous disons qu’il n’y a pas de débat. L’article 1 de la Constitution garantit l’égalité des droits. Il existe des droits dont les gays et les lesbiennes sont exclu-e-s, au législateur de faire le travail pour rétablir cette injustice« .

  1. Je me permets de commenter la citation finale, quand il est question de « droits dont les gays et les lesbiennes sont exclu-e-s ». Formulé ainsi, c’est faux : les gays et les lesbiennes ont exactement les mêmes droits que les hétéros de se marier à quelqu’un du sexe opposé.
    Alors forcément, vous me direz, ça leur fait une belle jambe, certes, mais l’égalité des droits est bien respectée…

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